Togo/Préserver et Numériser les Savoirs Endogènes : Un Défi Stratégique pour l’Afrique

Togo/Préserver et Numériser les Savoirs Endogènes : Un Défi Stratégique pour l’Afrique

Le Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-juridiques, Économiques et Sociales (LAMPES) a organisé, au sein du Centre d’Excellence Régional sur les Sciences Avancées (CERSA) de l’Université de Lomé, une conférence de haut niveau autour du thème : « Mondialisation, Préservation et Numérisation des Savoirs Endogènes : Quelle Marge de Manœuvre pour l’Afrique ? » Deux conférenciers de renom, M. Kag Sanoussi et le Dr A. Canidé Achille Kouawo, ont apporté un éclairage profond sur cette problématique cruciale pour le devenir du continent.

Quel est donc l’objectif pour lequel cette conférence est organisée ?

« Lobjectif que se donne LAMPES chaque année universitaire, c’est de partager, monnayer la plupart de ses travaux de recherches. Et cette année, nous nous sommes dits qu’il faut qu’on s’intéresse au savoirs endogènes africains. Même si certains ne partagent pas beaucoup plus le contexte de savoirs endogènes africains mais nous nous sommes dits qu’il y a des savoirs qui sont propres à l’Afrique que nous devons à un moment donné réfléchir à leur sauvegarde, à leur pérennisation et à leur transmission… », a fait savoir Dr. Joseph BALOUKI, Assistant-Administratif du Laboratoire LAMPES

Redonner sens aux savoirs dans un monde globalisé

Dans un contexte marqué par l’uniformisation culturelle et la domination de paradigmes occidentaux, les savoirs endogènes africains subissent un double phénomène préoccupant : marginalisation d’un côté, et risque de disparition progressive de l’autre. La conférence organisée par le LAMPES a permis de poser les fondements d’une réflexion structurée sur la nécessité de préserver ces savoirs et de les adapter aux mutations du monde contemporain, notamment par le biais des technologies numériques.

Lors de sa présentation, M. Kag Sanoussi, Expert en Intelligence négociationnelle et en Pratique de la Pensée centrale, a souligné la distinction fondamentale entre savoir et connaissance. Selon lui, le savoir est profondément enraciné dans les réalités culturelles et historiques des peuples, tandis que la connaissance, plus abstraite, tend à la standardisation universelle.

Fort de son expérience dans les sphères décisionnelles, il a insisté sur l’importance pour l’Afrique de valoriser ses systèmes de pensée locaux comme outils de négociation stratégique dans un environnement mondialisé. Il a plaidé en faveur de politiques publiques ambitieuses intégrant les savoirs endogènes dans les domaines de l’éducation, de la recherche et de la culture, afin d’en faire de véritables leviers de souveraineté et de développement.

« Nous avons essayé de démontrer que les savoirs endogènes africains ont de l’importance dans beaucoup de domaines tels que philosophique, scientifique, politique, gouvernemental, managérial, entrepreneurial, éducatif également. Donc notre rôle était de montrer que ces savoirs existent aujourd’hui et que nous avons le devoir de les mettre dans les standards internationaux sur le plan intellectuel, dans la production scientifique et c’est comme ça que nous les valorisons. On ne le fait pas simplement pour montrer que nous avons des savoirs mais on le fait parce que ces savoirs nous aident aussi à nous affirmer dans un monde plus en plus chamboulé, ça nous aide à nous affirmer dans plusieurs domaines et fait en sorte que nos manières soient comprises parce que l’universalisme ambiant n’est pas un universalisme qui tient compte de tous les acteurs, de tous les enjeux », a expliqué monsieur SANOUSSI

La numérisation : urgence et opportunité

Le Dr A. Canidé Achille KOUAWO, Maître de conférences en Technopédagogie à l’Université de Lomé, a centré son intervention sur l’enjeu fondamental de la numérisation des savoirs endogènes. Il a rappelé que ces connaissances, souvent transmises oralement ou par l’expérience communautaire, sont menacées d’oubli faute de mécanismes de sauvegarde adaptés.

Pour le chercheur, la digitalisation constitue aujourd’hui un outil incontournable pour garantir la conservation, la diffusion et la transmission de ce patrimoine immatériel. Il a ainsi appelé à la mise en place de projets structurés impliquant à la fois les détenteurs traditionnels de savoirs, les chercheurs, les institutions éducatives et les jeunes innovateurs.

Le Dr Kouawo a également souligné le rôle clé de la technopédagogie, qui permet de concevoir des approches numériques respectueuses des spécificités culturelles tout en assurant une accessibilité élargie et rigoureuse. À travers cette démarche, les savoirs endogènes peuvent être intégrés dans les systèmes éducatifs et scientifiques contemporains sans être dénaturés.

« Si nous n’avons pas des espaces pour conserver nos savoirs endogènes, ils vont se perdre. Dans cette conférence, on est parti d’un cas concret celui du Mali (Tombouctou) quand les terroristes, les djihadistes au départ étaient venus, il y a eu beaucoup de documents, ce qu’on appelle les manuscrits…qui se sont perdus. Dans ces documents il y a des savoirs, des documents du 15ème et 16ème siècle. Ces savoirs étant perdus, on ne peut plus revenir sur ces savoirs. Donc aujourd’hui, il est temps pour nous de réfléchir sur comment et où est-ce que nous allons conserver ces savoirs ? Un, mettre ces savoirs à la disposition de la science; deux, les mettre à la disposition de la communauté afin que les gens puissent être éclairés par les connaissances qui sont dans ces documents », a déclaré Dr. KOUAWO

Une responsabilité collective pour préserver l’héritage immatériel africain

Cette rencontre intellectuelle a mis en lumière une vérité essentielle : la préservation des savoirs endogènes n’est pas une simple nostalgie du passé, mais un acte stratégique de construction de l’avenir. Elle interpelle les décideurs, les chercheurs, les communautés locales et les jeunes générations sur la nécessité d’agir ensemble pour sauvegarder un patrimoine unique, porteur d’identité, d’innovation et de résilience.

Le message des deux intervenants est sans équivoque : l’Afrique dispose encore d’une marge de manœuvre significative, à condition de reconnaître institutionnellement ses savoirs, d’organiser leur transmission et de s’approprier les outils numériques de manière stratégique. Préserver ces savoirs, c’est refuser l’effacement ; les numériser, c’est les inscrire durablement dans l’histoire mondiale des connaissances.

Matthieu BIDA

Satellite d'Afrique

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