Mariage des enfants au Togo : quand les religions brisent le silence pour protéger les filles

Mariage des enfants au Togo : quand les religions brisent le silence pour protéger les filles

Au Togo, le mariage des enfants continue de priver des milliers de filles de leur enfance, de leur scolarité et de leur avenir. Derrière cette pratique se cachent des violences basées sur le genre, souvent justifiées par des traditions ou des interprétations erronées des textes religieux. Aujourd’hui, une alliance inédite entre leaders religieux et communautés, portée par le projet « Protéger l’enfance, un devoir sacré », redonne espoir. Quand foi, justice et engagement s’unissent, c’est tout un système d’oppression qui vacille.

Une initiative interreligieuse contre les violences basées sur le genre

Mis en œuvre dans le cadre du programme Foi et Justice de Genre de l’organisation Faith to Action Network (F2A), le projet « Protéger l’enfance, un devoir sacré » se positionne comme une réponse novatrice à la problématique des violences basées sur le genre (VBG) au Togo. En s’attaquant en priorité au mariage des enfants, cette initiative met en lumière les inégalités profondes qui traversent la société, nourries par des traditions, des rapports de pouvoir et des interprétations restrictives des textes sacrés.

Ces violences ne sont pas de simples incidents isolés. Elles témoignent d’un déséquilibre social et spirituel qui nie la dignité humaine et trahit les valeurs de justice prônées par toutes les religions. Le mariage précoce en est une illustration dramatique : il prive les filles de leur liberté, de leur éducation et de leur capacité à choisir leur destin.

Mariage des enfants : une violence genrée systémique

Le mariage des enfants est l’une des formes les plus alarmantes de violences basées sur le genre, car il touche presque exclusivement les filles. Il compromet leur autonomie physique, les soumet à des relations sexuelles précoces, souvent non désirées, et les expose à des maternités à haut risque, au prix de leur santé et parfois de leur vie.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2023), les complications liées à la grossesse et à l’accouchement sont l’une des principales causes de mortalité chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans en Afrique de l’Ouest.

Au-delà des conséquences physiques, le mariage précoce entraîne une déscolarisation massive, une dépendance économique et une perte de pouvoir sur leur propre vie. Les jeunes filles deviennent souvent des épouses sans consentement réel, perçues comme la « propriété » de leur mari, cantonnées à un rôle domestique.

Briser le silence, éveiller les consciences

Pendant longtemps, le mariage des enfants a été considéré comme un sujet tabou, relevant de la sphère privée. Cette loi du silence, entretenue par les normes sociales et les pressions communautaires, reste l’un des principaux freins à l’éradication de cette pratique.

Mais aujourd’hui, les choses changent. Une nouvelle conscience émerge. Survivantes, leaders religieux, chefs traditionnels, femmes et jeunes prennent la parole, dénoncent les violences, interpellent leurs communautés. Ce réveil collectif constitue un tournant décisif.

L’union des confessions : foi et justice au service de l’enfance

L’un des fondements du projet « Protéger l’enfance, un devoir sacré » réside dans sa dimension interconfessionnelle. Chrétiens, musulmans et adeptes des religions traditionnelles s’unissent pour porter un message commun : la protection de l’enfance est une responsabilité sacrée.

Dans un contexte où les discours politiques peinent parfois à convaincre, la parole des leaders religieux porte une légitimité morale forte. Comme le souligne le Révérend LAWSON-KPAVUVU Godson, Président de l’Église Méthodiste du Togo : « Les leaders religieux ont une crédibilité que n’ont pas les acteurs étatiques. »

Aujourd’hui, ces voix religieuses ne se contentent plus de répéter les interprétations anciennes. Elles revisitent les textes sacrés à la lumière des valeurs universelles de justice, de compassion et d’égalité. Elles deviennent des catalyseurs de changement, en promouvant une foi au service de l’humain et non de l’oppression.

Mobilisation des communautés et outils numériques au service du changement

Pour renforcer cette dynamique, le projet mise aussi sur la mobilisation communautaire et les médias numériques. Podcasts, vidéos, courts-métrages, lives interactifs et campagnes sur les réseaux sociaux diffusent des messages percutants, adaptés à la jeunesse et aux réalités locales. Des émissions radiophoniques viennent compléter ce dispositif en touchant les zones rurales.

Les femmes y jouent un rôle central : elles prennent la parole, animent les débats, forment d’autres femmes et deviennent elles-mêmes des relais de transformation dans leurs communautés.

Dans chaque prédication, atelier ou causerie, une conviction profonde se fait entendre : toute violence faite à une fille ou à une femme est une atteinte grave à la justice humaine et divine. Et qu’il est temps d’y mettre fin.

Le combat contre le mariage des enfants au Togo est loin d’être terminé. Mais les lignes bougent. Les silences tombent. Les voix s’élèvent. Et surtout, la foi se met au service d’un combat juste : celui de la protection des enfants et de l’égalité entre les sexes.

Comme le dit une sagesse populaire : « Une communauté qui protège ses enfants est une communauté qui s’honore. » Et c’est ensemble femmes, hommes, croyants et croyantes que cette transformation devient possible.

Satellite d'Afrique

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