Femmes enceintes livrées aux trottoirs : un défi majeur pour les politiques sociales à Lomé

Femmes enceintes livrées aux trottoirs : un défi majeur pour les politiques sociales à Lomé

À la nuit tombée, dans plusieurs quartiers de Lomé, la capitale togolaise, une réalité troublante s’impose sous les lampadaires : des femmes, parfois très jeunes, s’alignent sur les trottoirs, aux carrefours et devant certains bars, exposant leurs corps comme unique moyen de subsistance. La prostitution de rue, bien que connue, prend aujourd’hui une dimension plus inquiétante.

Parmi ces femmes, on distingue des adolescentes, des jeunes adultes et des mères déjà éprouvées par la vie. Beaucoup sont de nationalité togolaise, mais nombreuses viennent également des pays voisins, attirées par l’illusion d’un gagne-pain rapide. Leur présence nocturne, souvent marquée par une tenue provocante, cache pourtant une précarité profonde.

Le fait le plus choquant reste celui-ci : certaines de ces femmes poursuivent la prostitution même en état de grossesse avancée. Le ventre arrondi, elles continuent de racoler, jusqu’aux derniers mois, mettant en danger leur santé, celle de l’enfant à naître et brisant toute dignité humaine. Après l’accouchement, quelques mois suffisent avant qu’elles ne reprennent “le service”, laissant les nourrissons à des proches, à des inconnus ou parfois à eux-mêmes.

Cette situation soulève de lourdes interrogations :

  • Où sont les mécanismes de protection de l’enfance ?
  • Quelle politique sociale pour ces femmes livrées à elles-mêmes ?
  • Comment expliquer qu’une grossesse, censée être protégée, devienne compatible avec une activité aussi risquée ?

Derrière ces scènes se cache une réalité implacable : la pauvreté, le chômage, l’absence de formation, la désintégration familiale et l’indifférence sociale. Pour ces femmes, la prostitution n’est pas un choix, mais une contrainte dictée par la survie.

Le silence autour de cette pratique est une forme de complicité. L’État, les collectivités locales, les organisations de la société civile, les leaders religieux et communautaires doivent regarder cette réalité en face. Il est urgent de mettre en place des programmes de réinsertion, d’accompagnement psychologique, de formation professionnelle et de protection maternelle.

Car une société qui tolère que des femmes enceintes vendent leur corps sur ses trottoirs, au nom de la survie, est une société qui a failli à sa mission première de protection des plus vulnérables.

Dénoncer ce phénomène, ce n’est pas juger ces femmes, c’est interpeller la conscience collective. Les trottoirs de Lomé ne doivent plus être des maternités de la misère.

ESSILFIE Koami Isaac

Satellite d'Afrique

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