L’Afrique en quête de souffle financier : Conférence décisive sur la dette à Lomé
L’Afrique se mobilise pour reprendre en main son avenir financier. Ce lundi 12 mai 2025, la Conférence de l’Union Africaine sur la Dette s’est ouverte à l’hôtel 2 Février à Lomé, rassemblant
des ministres des Finances, des banquiers centraux, institutions financières régionales, partenaires internationaux, des experts économiques, ainsi que des représentants des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, BAD) et des partenaires au développement, informe l’Union africaine dans une note à la presse autour d’un même objectif : définir une approche commune et durable face aux défis croissants de l’endettement sur le continent. Ce grand rendez-vous économique est donc placé sous le thème : « L’Agenda africain de gestion de la dette publique : restaurer et préserver la viabilité de la dette ».


Pendant trois jours, du 12 au 14 mai 2025, la capitale togolaise devient le carrefour des réflexions stratégiques sur la viabilité de l’endettement en Afrique. L’ambition est claire : bâtir une réponse africaine coordonnée à la crise de la dette, qui freine les ambitions de développement de nombreux pays du continent.
Alors que plus de vingt pays africains sont désormais classés en situation de surendettement ou à risque élevé, selon la CEA, la conférence vise à renforcer la résilience budgétaire des États et à mobiliser des solutions innovantes pour le financement du développement.

La Commission de l’Union Africaine, à l’origine de l’initiative, souhaite poser les bases d’une stratégie commune en matière de gestion de la dette, allant de la renégociation avec les créanciers à la création de mécanismes africains de financement.
Entre plaidoyer et propositions concrètes
Les échanges porteront sur plusieurs axes : transparence dans les contrats d’emprunt, réduction de la dépendance aux bailleurs extérieurs, renforcement des institutions de crédit africaines comme la Banque Africaine de Développement (BAD), et mutualisation des ressources. Un fonds panafricain de stabilisation est même à l’étude pour amortir les chocs économiques.

Les dirigeants africains plaident également pour un nouveau pacte financier mondial. Ils réclament une réforme des critères de notation, jugés biaisés, et une meilleure représentativité des pays africains au sein des instances de décision du FMI et de la Banque mondiale.
Dans son allocution d’ouverture, le Président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a souligné l’urgence d’« instaurer une gouvernance rigoureuse de la dette publique, soutenue par une solidarité africaine forte et un dialogue équilibré avec les créanciers internationaux ».

Une mobilisation à la conférence de haut niveau
Parmi les personnalités présentes, John Dramani Mahama du Ghana, ainsi que, Faure Gnassingbé, ont tour à tour appelé à une réforme en profondeur de l’architecture financière mondiale. On peut comprendre par leurs dires que “Nos économies ne peuvent pas continuer à se battre avec une main attachée dans le dos. Nous avons besoin d’un espace budgétaire, pas de nouvelles chaînes”.
Lomé, un tournant ?
Cette conférence marque un moment charnière : alors que les dettes publiques dépassent parfois 70 % du PIB dans plusieurs pays africains, la question n’est plus seulement économique, mais politique. L’Union Africaine veut transformer ce sommet en levier de souveraineté financière.
Les conclusions finales sont attendues le 14 mai. Un communiqué conjoint devrait proposer un calendrier d’actions, avec l’ambition de porter les recommandations du sommet devant le G20 et d’autres instances internationales.
Matthieu BIDA
